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Gratuit au début, facturé depuis : une brève histoire d’Haïti

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Chronologie de l’histoire haïtienne : indépendance 1804, indemnité 1825, occupation américaine 1915–1934, ère Duvalier, séisme de 2010

Haïti entre dans l’histoire mondiale avec un exploit unique : la seule révolution réussie menée par des personnes réduites en esclavage, donnant naissance à la première république noire du monde et, le 1er janvier 1804, à la deuxième nation indépendante des Amériques. Des personnes autrefois considérées comme des biens ont vaincu l’armée de Napoléon et se sont donné un pays.

Les puissances mondiales n’ont pas accueilli Haïti, elles l’ont isolée. Puis, en 1825, la France est revenue — non pas avec des excuses, mais avec des navires de guerre. Sous la menace d’une escadre française, Haïti a accepté de payer à ses anciens colonisateurs une « indemnité » de 150 millions de francs-or : une compensation, en réalité, versée par d’anciens esclaves à ceux qui les avaient asservis, en échange de la reconnaissance et de la paix.

Haïti a dû emprunter aux banques françaises pour effectuer ces paiements, une spirale que les historiens appellent la double dette. L’arithmétique de cet arrangement a dicté la vie publique haïtienne pendant plus d’un siècle : en 1914, plus des trois quarts du budget national étaient destinés aux banques françaises, et les derniers paiements associés n’ont été réglés qu’en 1947. Une enquête du New York Times en 2022 a estimé les paiements directs à environ 560 millions de dollars actuels — et les économistes évaluent la croissance perdue à plus de 20 milliards de dollars. Des écoles, routes, réseaux et hôpitaux jamais construits se cachent derrière ces chiffres.

La souveraineté a continué d’être interrompue. Les États-Unis ont occupé Haïti de 1915 à 1934, prenant le contrôle total des finances du pays ; les corvées de travail forcé et la censure de l’occupation sont documentées dans les archives historiques du Département d’État américain. Ensuite sont venues les dictatures des Duvalier — près de trois décennies de répression et de pillage qui ont poussé des vagues de professionnels haïtiens à l’exil.

Ajoutez les catastrophes — en particulier le séisme de janvier 2010, dont le bilan est estimé entre 100 000 et plus de 300 000 morts — et le tableau s’éclaire : Haïti n’est pas pauvre à cause d’une quelconque déficience de son peuple. C’est une nation qui a payé deux fois sa liberté, dont le trésor a été détourné à l’étranger pendant un siècle, et qui a encaissé des chocs qui ébranleraient n’importe quel pays.

Pourquoi un réseau biomédical publie-t-il de l’histoire ? Parce que le contexte change la mission. Si l’on croit que la pauvreté est un défaut de caractère, on envoie de la charité et des instructions. Si l’on connaît l’histoire, on se présente autrement : en partenaire qui soutient des professionnels haïtiens compétents, capables de faire fonctionner les hôpitaux dans des conditions que peu de leurs collègues nord-américains ont connues. C’est cette posture que choisit ce réseau — et l’histoire en est la raison.

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